La capitalisation boursière de la Zone Euro rapportée à sa richesse nationale (PNB) est faible[1] : A la fin de l’année 2015, elle représente 43%. Aux Etats-Unis, elle représente 143%.
Faute de capitaux, les marchés boursiers européens dans leur ensemble sont fragiles,
voués à des mouvements spéculatifs aléatoires, notamment par le biais
des marchés dérivés, qui représentent un encours assez faible en Europe.
Le gisement sur l’indice Eurostoxx 50 est de l’ordre de 117 milliards
EUR. Sur l’indice américain Standard & Poor’s 500, ce gisement est
de 411 milliards USD[2].
Le rapport est presque de 1 à 4, sur ces seuls indices et en ne se
basant que sur l’observation de la première échéance. Pour des fonds
spéculatifs, des robots suiveurs de tendance, des modèles systématiques,
des ETF, il est plus aisé sur des marchés plus restreints de pousser à
des décalages de marché, dans un sens ou dans l’autre. De fait, de tels
décalages sont souvent constatés pour qui investit en continu sur les
marchés boursiers.
Les raisons de cette insuffisance de capitaux sont bien connues.
D’une part, un manque de culture et d’intérêt en Europe par rapport à
la bourse. Lors de son discours annuel sur l’état de l’Union devant les
deux chambres réunies en Congrès le 30 janvier 2018, le Président
américain affirme dans ses premiers propos que « la bourse a volé d’un
record à l’autre, gagnant 8 trilliards USD en valeur. C’est une bonne
nouvelle pour les Américains. » Le 12 septembre 2018, Jean-Claude
Juncker, dans le discours de l’état de l’Union Européenne, qui aborde
pourtant assez longuement la situation économique de la zone, n’aborde
pas une fois le sujet de la bourse. Voilà pour la différence, profonde,
de culture. D’autre part, des contraintes réglementaires et fiscales
limitent, voire interdisent, l’investissement en bourse. S’agissant des
institutions, celles-ci sont (très) fortement encadrées par les
contraintes posées par Solvency II pour les assureurs et Bâle 3 pour les
banques. Pour les clients privés, jusqu’à une période récente, la
fiscalité en France était souvent confiscatoire. La mise en place de la flat taxe à 30% a constitué une réelle avancée.
Les conséquences d’une telle situation sont de deux ordres.
D’une part, une trop faible valorisation rend l’attaque spéculative à la
baisse d’une société plus aisée. Dans leurs mouvements baissiers, les
indices entrainent toutes les valeurs, y compris celles de bonne
qualité. D’autre part, à l’inverse, il existe un vrai risque de voir un
certain nombre de sociétés françaises et européennes se faire acheter à
bon compte par des investisseurs étrangers. Les exemples sont
nombreux de ces sociétés peu valorisées –dans l’absolu, mais aussi au
regard de leurs résultats et de leurs actifs– sans actionnaire
majoritaire et, parfois déjà, un gros actionnaire étranger. Il y a le
groupe hôtelier ACCOR, qui ne vaut que 12 milliards EUR, dont les deux
premiers actionnaires sont chinois pour l’un (Jinjiang Intl. Holding,
11.65% du capital) et qatari pour l’autre (Qatar Inv. Authority, 10.14%
du capital). Il y a, bien sûr, une partie du secteur technologique
français : ATOS, 8 milliards EUR, a pour principal actionnaire
l’Allemand SIEMENS (11.68% du capital) ; ALTRAN[3],
45.000 ingénieurs à travers le monde, pèse moins de 2 milliards EUR de
capitalisation. Bien d’autres secteurs sont concernés. Le groupe REXEL
(3 milliards EUR de capitalisation), spécialiste dans la distribution de
matériel électrique, qui réalise environ 350 millions EUR de RN. Le
groupe SPIE (2 milliards EUR de capitalisation), faiblement valorisé
également, avec pour actionnaire à hauteur de 10% la Caisse de Dépôt et
Placement du Québec (CDPQ). Le groupe SMCP (Sandro Mage Claudie Pierlot,
1.5 milliards EUR de capitalisation) a pour actionnaire majoritaire
(50.41%) le groupe chinois SHANDONG RUYI TCHNO., entreprise chinoise de
textile. Il est urgent de mieux capitaliser ces sociétés, de les
rendre plus chères, plus solides, en développant une vraie culture
actionnariale.
Une grande fragilité peut également être constatée sur les marchés des dérivés de taux.
La taille du gisement sur le contrat future dérivé de la dette
américaine à 10 ans est de l’ordre de 500 milliards USD. Celle de la
dette allemande est de l’ordre de 300 milliards EUR. Celle de la dette
française n’est que de 89 milliards EUR. Celle de l’Italie, 51 milliards
EUR. En conséquence, les accidents de liquidité –que l’on mesure, sur
une base hebdomadaire, comme un écart de plus de 10 points de base entre
les prix constatés offert et demandé– se multiplient sur les contrats
OAT (France) et BTP (Italie). Depuis 2012 (création du contrat dérivé
sur la dette française), on dénombre 0 accident sur le marché américain,
0 accident sur le marché allemand, 48 accidents sur le marché français
et 65 accidents sur le marché italien.
[1] Voir le site internet https://fred.stlouisfed.org/ de la Réserve Fédérale de Saint-Louis pour plus d’informations.
[2]
Sources Bloomberg, contrat générique <VG1 Index> sur Eursotoxx50
et contrats <ES1 Index> et <SP1 Index> sur Standard &
Poor’s 500.
[3] LMIF est actionnaire du groupe ALTRAN.